Madame, Monsieur,
J’ai décidé, après les résultats du deuxième tour de l’élection municipale partielle de Corbeil-Essonnes du dimanche 4 octobre, d’attendre avant de m’exprimer.
Je souhaitais prendre le temps d’analyser une campagne particulièrement intense et des résultats étonnants et, il faut le dire, difficiles à accepter…
Je souhaitais également pouvoir le faire après avoir écouté mes amis, les adhérents du Parti Socialiste, du Parti Radical de Gauche, du Mouvement Républicain et Citoyen et aussi toutes celles et tous ceux qui, membres d’aucun parti, citoyens et citoyennes, se sont engagés à mes côtés pour proposer un nouveau projet aux Corbeil-Essonnois.
Je ne voulais surtout pas prendre part aux vaines et vilaines polémiques d’après second tour qui inévitablement surviennent quand la défaite est à ce point amère.
Car cette défaite, de 27 voix, est particulièrement amère.
Amère parce c’est la quatrième fois en quinze ans qu’une liste rassemblant la gauche et conduite par un membre du PC échoue (1995, 2001, 2008 et 2009).
Amère parce qu’au soir du premier tour, le total des voix de gauche était largement supérieur à celui des voix de droite (+699).
Il nous faudra donc du temps pour comprendre comment dans une ville où les candidats de gauche aux élections nationales (présidentielle – Ségolène Royal et législative – Manuel Valls, de 2007) totalisent près de 60% des suffrages sur notre commune et comment à l’élection municipale nous ne parvenons pas à franchir la barre des 50%.
Evidemment, nous pouvons dire ce qui n’est que la vérité, il existe un « système Dassault » fait de promesses en tout genre, de visites ministérielles à tout va, de mélange entre pouvoir de l’argent, pouvoir médiatique et pouvoir politique mais ce système ne saurait expliquer à lui tout seul que la gauche ait échoué depuis 1995.
Analysons finement cette élection et la campagne qui l’a précédée. Et répondons à quelques questions essentielles à la compréhension de son triste dénouement.
La gauche, toute la gauche, les écologistes, les démocrates et les hommes et femmes de progrès pouvaient-ils se rassembler dès le premier tour ?
Théoriquement c’était possible.
Les points de convergence entre les principaux partis de gauche sont nombreux. Tant au plan national que dans de nombreuses collectivités. La gauche rassemblée gère ainsi la Région Ile-de-France, le Conseil général de l’Essonne depuis 1998 et de nombreuses municipalités depuis plus longtemps encore.
C’est ainsi que j’ai œuvré et mis toute mon énergie, du 8 juin jusqu’au 27 août, pour tenter de réaliser ce rassemblement.
Il partait de trois constats simples.
Le premier c’est que pour gagner, la gauche a besoin d’être rassemblée.
Le second c’est que depuis 20 ans et l’élection de Serge Dassault en 1989 comme Conseiller général, la seule victoire que la gauche ait obtenue en 7 confrontations électorales c’est à l’occasion de l’élection cantonale de mars 2008 où j’ai été élu. Toutes les autres confrontations (3 municipales et 3 cantonales qui se sont déroulées depuis) et qui ont opposé un membre du PC à Serge Dassault lui-même ou à l’un de ses proches ont conduit à la défaite de la gauche.
Le troisième c’est que Bruno Piriou était lui-même inéligible.
Mais rapidement je me suis heurté à des blocages infranchissables et qui n’avaient rien à voir avec Corbeil-Essonnes.
Le premier c’est que les partis de la gauche radicale ou extrême (PG, LO et NPA) cherchaient un terrain d’expérimentation pour une formule politique inédite, à savoir s’allier avec le Parti Communiste pour rassembler ce qu’ils appellent « l’autre gauche » dans la perspective de la préparation des élections régionales de mars 2010. Ainsi les premières semaines de la campagne ont vu fleurir de nombreux tracts émanant des amis d’Arlette Laguiller et d’Olivier Besancenot pour dire tout le mal qu’ils pensaient des socialistes et indiquant qu’ils iraient jusqu’à refuser de voter pour une liste conduite par un socialiste ! Comment se rassembler quand une partie de ceux qui sont censés faire partie du camp du progrès refusent, pour des raisons idéologiques et des calculs politiciens nationaux, de travailler avec toutes les forces de gauche ?
Le second blocage est venu de l’attitude de Bruno Piriou lui-même. Ainsi dès la décision du Conseil d’Etat connue, sans en parler avec personne, y compris ses propres amis, il décidait que c’est lui seul qui devait choisir le candidat sur lequel tout le monde devait s’aligner et qu’il devait composer la liste !
Le troisième blocage est venu du score obtenu aux élections européennes par Europe Ecologie. En effet, les partisans de cette démarche ont estimé que ce bon résultat pouvait se reproduire à l’occasion d’une élection locale.
Ces démarches ont-elles fait perdre des voix entre le premier et le second tour ?
La réponse de ce point de vue est simple parce que mathématique : Non. Aucune voix n’a été perdue. La liste rassemblant le PC et l’extrême gauche conduite par Michel Nouaille réalisait le 27 septembre 2 410 voix, celle conduite par Jacques Picard 769 voix et celle que je conduisais 1 880 voix.
Le 4 octobre, la liste d’union rassemblait 5 163 suffrages. Par conséquent, non seulement aucune voix n’a été perdue mais en plus le rassemblement a permis une progression de 104 voix !
Comment et pourquoi alors sommes-nous défaits le 4 octobre ?
D’abord parce que les amis de Serge Dassault, divisés comme jamais au premier tour, ont fait bloc. C'est-à-dire qu’il n’a pas manqué au second tour une seule voix de celles qui s’étaient portées au premier sur les listes conduites par ses anciens premiers adjoints. Pourtant, ils n’avaient pas épargné Jean-Pierre Bechter pendant la campagne et leurs électeurs le savaient. Il faut croire que la campagne menée entre les deux tours par Jean-Pierre Bechter sur fond d’anti-communisme primaire, bestial et diffamatoire, les a convaincus.
Mais cela ne suffit pas à expliquer la défaite ! Car même toutes additionnées, les voix obtenues par Jean-Pierre Bechter, Jean-Michel Fritz et Nathalie Boulay-Laurent ne suffisaient pas !
La cause de notre défaite est éminemment politique. Michel Nouaille, le PC et les non-encartés de l’association de « La villensemble » se sont laissés embarqués par la logorrhée radicale des PG, LO et NPA sur la nécessité de bâtir une liste de second tour et un projet « purs » en tous points ! Autrement dit, quand une campagne de second tour doit être une campagne d’ouverture, généreuse et rassembleuse, la campagne qui nous a été dictée par les amis d’Arlette Laguiller et d’Olivier Besancenot a été une campagne de repli sur soi ! Le meilleur et plus triste exemple a été leur refus catégorique de voir figurer sur la liste de rassemblement Hatouma Doucoure, 35 ans, militante depuis 15 ans sur le quartier des Tarterets pour promouvoir la réussite scolaire des jeunes femmes. Le motif de cette éviction ? Hatouma était jugée trop proche de Serge Dassault !!! Conclusion ? Au soir du premier tour, la gauche a 12 voix d’avance sur le bureau 20 (situé en plein cœur des Tarterêts), au soir du second tour la gauche a 86 voix de retard.
Bref, au lieu de s’ouvrir, la liste de second tour était une liste de fermeture. Elle n’a donc pas convaincue au-delà de notre camp naturel.
Comment faire alors pour gagner ?
C’est la seule question qui vaille maintenant. Après en avoir discuté avec mes amis et de nombreux Corbeil-Essonnois, j’ai acquis une conviction forte.
Il faut bâtir à Corbeil-Essonnes un nouveau rassemblement de citoyens. Sans exclusive. L’échec de la gauche, des démocrates et des républicains de progrès n’et pas une fatalité.
Pour ma part, je suis prêt à ouvrir le dialogue avec toutes celles et tous ceux qui veulent que ça change à Corbeil-Essonnes. Sans préalable. Tous ceux qui se sont opposés ou qui s’opposent aujourd’hui au système Dassault sont les bienvenus.
Bien sûr que les partis politiques de gauche ont toute leur place dans une telle dynamique mais soyons honnêtes et lucides, ils ne suffiront pas, quelle que soit la combinaison qu’ils échafaudent à emporter la majorité dans notre ville.
C’est pourquoi, il ne faut récuser personne a priori. Tous ceux qui sont de bonne volonté et veulent apporter leur contribution doivent pouvoir le faire.
C’est pourquoi je pense que l’état d’esprit qui doit nous animer et nous guider c’est « Corbeil-Essonnes avant tout ! ». En effet notre ville, les habitants, méritent mieux que des petits calculs politiciens qui dépendront plus ou moins de tactiques nationales des uns ou des autres. L’éthique en politique, rendre les citoyens acteurs, faire vivre concrètement la justice sociale et la fraternité, assurer un développement harmonieux et concerté de notre commune peuvent rassembler largement.
Pour ma part, dans les responsabilités qui sont les miennes, je prendrai toutes les initiatives pour bâtir l’espoir de voir enfin le changement triompher.
Fidèlement,
Carlos DA SILVA

L
«Que ce soit d'un côté ou de l'autre, c'est la même chose, vous êtes tous
pourris», s'égosille un Corbeil-Essonnois d'une quarantaine d'années. La vie politique locale et les déboires judiciaires des élus ont fini par dégoûter bon nombre d'habitants. Jeudi matin, sur le
marché de la place d'Essonnes, les militants ont pourtant essayé de convaincre les derniers indécis. Mais rien n'y fait. «On est dans une zone de filouterie», lance un commerçant. «Ils ont gaspillé
tout notre argent. C'est pour ça qu'on paie autant d'impôts aujourd'hui», complète Maria, qui habite la ville depuis trente-six ans.
Serge Dassault, dont l’élection en 2008 a été invalidée,
est inéligible mais mène campagne comme s’il était candidat.
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